Une découverte surprenante dans les forêts tropicales d’Asie centrale et du Sud-Est révèle que plusieurs espèces de mammifères, des paresseux aux chats sauvages, convergent vers une seule espèce d’arbre, le Ficus tuerckheimii (un type de figuier étrangleur), pour l’utiliser comme latrines communes. Ce comportement, documenté par des écologistes au Costa Rica et maintenant rapporté de manière anecdotique au Honduras et à Bornéo, met en évidence un niveau jusqu’alors inconnu d’utilisation partagée des ressources dans la canopée.
La découverte d’une salle de bain en forêt
Ce motif inhabituel a été remarqué pour la première fois par Jeremy Quirós-Navarro, un écologiste qui est tombé par hasard sur une plate-forme située en hauteur dans un figuier étrangleur couvert de déjections d’animaux. Une surveillance vidéo ultérieure sur un site de la réserve de forêt nuageuse de Monteverde a enregistré 17 espèces de mammifères différentes utilisant les mêmes latrines pendant deux mois, avec environ trois visites par jour. Cela comprenait des espèces comme les margays (chats sauvages), les porcs-épics, les opossums, les singes capucins et même les paresseux à deux doigts, dont on pensait auparavant qu’ils déféquaient uniquement sur le sol.
Pourquoi cet arbre ?
Les arbres Ficus tuerckheimii sont particulièrement adaptés à ce rôle pour plusieurs raisons. Leur structure forme une plate-forme naturelle et protégée à hauteur de canopée, ressemblant à une « main retournée » avec des branches créant un espace confortable et abrité. Ces arbres possèdent également des branches inhabituellement longues – certaines s’étendant sur 12 mètres – agissant efficacement comme des autoroutes de la canopée entre des parcelles forestières éloignées. Cela les rend essentiels à la connectivité dans des écosystèmes fragmentés.
Le but des latrines partagées
Les latrines communes ne sont pas réservées aux mammifères de la canopée. Les espèces terrestres comme les rhinocéros et les hyènes les utilisent également. Les scientifiques pensent que ces espaces remplissent plusieurs fonctions :
- Marquage territorial : Les dépôts d’urine et d’odeur permettent d’identifier les résidents.
- Échange d’informations : Les excréments et les odeurs communiquent l’identité et le statut.
- Navigation : Les latrines font office de points de repère reconnaissables.
- Évitement des prédateurs : La concentration des déchets réduit les traînées odorantes dispersées.
Importance et menaces écologiques
Quirós-Navarro prévient que déranger ne serait-ce qu’un seul arbre Ficus tuerckheimii pourrait perturber les réseaux de communication à l’échelle de la forêt. Parce que ces arbres agissent comme des ponts dans la canopée, leur suppression peut fragmenter les populations et affecter des processus écologiques plus larges. Les arbres sont également parfois utilisés par des grimpeurs, ce qui soulève d’autres inquiétudes quant à l’impact humain sur cet élément écologique inhabituel, mais vital.
Cette découverte souligne à quel point nous comprenons encore peu les interactions complexes dans les écosystèmes des forêts tropicales. Le comportement des latrines partagées suggère un niveau d’interdépendance plus profond entre les mammifères de la canopée qu’on ne le pensait auparavant, et souligne la nécessité de conserver des espèces clés comme Ficus tuerckheimii.
