Les « vers zombies » disparaissent des cimetières de baleines, sonnant l’alarme pour les écosystèmes des grands fonds

21

Les scientifiques sont intrigués par la disparition soudaine de l’Osedax, communément appelé « vers zombie », d’une aire d’alimentation clé au large des côtes de la Colombie-Britannique. Ces vers jouent un rôle crucial dans la décomposition des carcasses de baleines sur les fonds marins profonds, transformant ainsi les os en écosystèmes prospères. Leur absence menace la biodiversité unique que soutiennent ces habitats et met en évidence une tendance inquiétante liée au changement climatique.

Le rôle des « vers zombies » dans la vie en haute mer

Les squelettes de baleines tombés créent de rares oasis de nutrition dans les profondeurs océaniques autrement stériles. Les vers Osedax exploitent cela en creusant dans les os et en utilisant de l’acide pour dissoudre le collagène et les graisses. Cela libère des nutriments essentiels pour un large éventail d’autres créatures des grands fonds, transformant ainsi les chutes de baleines en « tremplins » temporaires mais essentiels pour la dispersion des espèces sur de vastes distances.

Les vers eux-mêmes hébergent des bactéries symbiotiques qui facilitent la digestion, ce qui les rend particulièrement adaptés à cette niche. Leur frénésie alimentaire est lente mais persistante et fait vivre des communautés entières pendant des décennies.

Le mystérieux acte de disparition

Pendant dix ans, des chercheurs dirigés par Fabio De Leo de l’Université de Victoria ont surveillé les os de baleines placés dans le canyon Barkley, un environnement marin profond près de la Colombie-Britannique. Malgré des conditions idéales pour la colonisation par Osedax, aucun vers n’est apparu sur la caméra. Ceci est très inhabituel, car les vers arrivent normalement rapidement lorsqu’une nouvelle source de nourriture devient disponible.

“Au fond, nous parlons d’une perte potentielle d’espèces”, explique De Leo.

Le lien vers l’expansion des « zones mortes »

Le coupable probable de cette disparition semble être l’expansion des zones minimales d’oxygène (OMZ), également connues sous le nom de « zones mortes ». Ces zones océaniques ont naturellement de faibles niveaux d’oxygène, mais le changement climatique exacerbe le problème en réchauffant les eaux et en réduisant la solubilité de l’oxygène.

Le Barkley Canyon est déjà pauvre en oxygène et l’expansion de ces OMZ pourrait pousser les vers au-delà de leurs niveaux de tolérance. Si Osedax ne peut pas survivre dans ces conditions, tout l’écosystème de la chute des baleines pourrait en souffrir. Ce n’est pas seulement un problème local ; la perte potentielle de ces vers pourrait entraîner une réduction de la diversité à l’échelle régionale.

Quelle est la prochaine étape ?

Les chercheurs surveillent actuellement une autre chute de baleine sur le versant Clayoquot pour recueillir davantage de données. Le sort de ces écosystèmes est en jeu, et la disparition de Osedax nous rappelle brutalement à quelle vitesse le changement climatique altère même les coins les plus profonds et les plus reculés de l’océan. L’expansion continue de l’OMZ aura probablement de graves conséquences sur les écosystèmes de chute de baleines et de chute de bois le long de la marge nord-est du Pacifique.